Anne Chaplain et Olivier Conil

Un mois après la seconde édition du parcours artistique Tanger « Être ici », le Consulat général de France à Tanger vous propose de découvrir le portrait de deux de ses organisateurs, Mme Anne Chaplain et M. Olivier Conil.

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- Pourquoi vous être installé à Tanger et quel était votre parcours avant votre expatriation ?
Anne Chaplain : je suis parisienne, j’ai vécu pendant trente ans à Paris. J’y ai fait mes études et ma vie professionnelle dans la communication. À un moment j’ai eu envie de rupture et Tanger a été un choix un peu impulsif, pas très raisonné. Je suis mariée avec un architecte et nous cherchions un endroit pour venir nous installer en quête de changement. Au travers de mon métier, j’avais commencé à travailler avec le Maroc où j’avais monté un événement pour la Caisse de Dépôt et de Gestion, qui mène de nombreuses actions sur Tanger puisque c’est notamment un partenaire important pour le port de Tanger-Med. Du coup, quand je faisais des allers-retours à Casablanca dans le cadre de cet événement, j’entendais beaucoup parler de Tanger, que l’on me présentait comme la ville d’avenir du Maroc. Quand je suis rentrée à Paris, j’ai quitté le groupe de communication dans lequel je travaillais et je me suis dit « on va aller à Tanger ». Nous y sommes allés à plusieurs reprises et nous nous sommes dit que c’était une ville qui semblait avoir de l’énergie, proche de l’Europe et dans une situation positive. Nous sommes donc venus nous y installer et cela fait maintenant six ans que nous sommes à Tanger.

Olivier Conil : j’ai passé 19 ans à Paris, où j’ai ouvert ma galerie spécialisée sur le Moyen Âge et sur l’art contemporain. À un moment j’ai eu moi aussi envie de changement. Il y avait quatre villes qui m’attiraient particulièrement : Bruxelles, Istanbul, Beyrouth et Tanger. Je suis parti à Tanger il y a une dizaine d’années ; je connaissais bien le Maroc car j’y avais des artistes dans le Sud mais je ne voulais pas m’installer à Marrakech ni à Essaouira. J’ai donc décidé de passer une quinzaine de jours dans différentes villes (Fès, Meknès, Tanger notamment) mais c’est ici que je me suis senti le mieux. Je m’y suis donc installé. Je voulais ouvrir une galerie et j’ai cherché pendant longtemps un endroit, que j’ai mis trois ans à trouver. Ça fait désormais cinq ans qu’on est ouvert et nous nous y plaisons.

- Comment est né le projet de parcours artistique « Être ici » ?
Anne Chaplain : le projet est né il y a trois ans à peine, début 2014. C’est autour d’un dîner entre un groupe d’amis qu’est venue l’idée.

Olivier Conil : on était soit de tout nouveaux Tangérois, soit des Tangérois d’origine. On s’est dit qu’on voulait faire quelque chose pour la ville, un événement qui croise le patrimoine architectural avec la vocation de créer des liens entre les publics les plus larges possibles. On s’est demandé comment nous pouvions lier à la fois l’histoire, le présent et le futur : on a choisi de le faire autour d’une scène artistique marocaine. La scène artistique actuelle, jeune, devait donc être le révélateur du patrimoine. Aujourd’hui, Tanger est en train de changer, de se transformer même ; elle a un passé qui est important et on a voulu s’intéresser à son patrimoine architectural et à son ADN créatif, donc aussi à son avenir. On a en fait voulu réinjecter une énergie artistique dans des lieux du patrimoine.

Anne Chaplain : dans notre esprit, l’idée était aussi de faire quelque chose qui soit vraiment tangérois. Dans la scène artistique marocaine, tout artiste passe à Tanger et l’enrichit. Ce qui était aussi très intéressant et qu’on a réussi dans les deux éditions, c’était de faire rentrer des jeunes Marocains qui n’avaient jamais vu d’art contemporain. On a eu ce public qui a répondu présent, alors que malheureusement à Tanger, il y a encore peu d’espaces dédiés à la culture, et en particulier à l’art contemporain.

Olivier Conil : on a aussi cherché à aller à la rencontre des gens en maillant au maximum un certain nombre d’endroits, dans la kasbah, dans la médina, dans la ville nouvelle, ce qui fait qu’en fin de compte nous sommes aussi allés à la rencontre de notre public. On a ouvert les portes à tout le monde dans le cadre de cet événement gratuit, accessible et en rupture avec le cadre institutionnel habituel.

- Quel bilan en tirez-vous ?
Olivier Conil : en termes de fréquentation, on a été équivalent entre la première et la deuxième édition, même si les dates étaient beaucoup plus compliquées cette année parce qu’on arrivait avant l’Aïd. On a également dû s’adapter au climat, à d’autres événements comme Tanjazz mais la fréquentation était là, et heureusement qu’elle n’était pas plus forte car nous avions des lieux plus petits et où il y a eu des attentes.

Anne Chaplain : pour moi, la grosse surprise était vraiment la première édition car on se disait que la culture était d’accès compliqué ici. Nous nous donnions un objectif compris entre 500 et 1000 personnes et nous en avons eu 1500 ! Donc ça a été une vraie réussite, et cette année encore. Ensuite, nous avons toujours une ambition, c’est de monter en puissance pour capter le public et pour développer la scène artistique.

Olivier Conil : c’est ce que nous avons réussi à faire puisque nous avions plus de 40 artistes sur une journée ! On a fait venir une artiste de Dakar, pour laquelle on a financé les billets. Nous avons également fait venir des gens de Casablanca, de Rodez… Malgré un budget assez limité, nous avons réussi notre pari alors que la deuxième édition était plus difficile à finaliser, justement parce que c’était la deuxième édition et qu’il fallait la pérenniser.

Anne Chaplain : une autre difficulté avec ce type de concept est qu’on travaille sur le patrimoine architectural. Nous sommes sur une ville en pleine mutation, qui est en train de se poser des questions sur le lien entre son histoire et son développement et qui fait disparaître une partie de son patrimoine architectural. Au-delà de la scène artistique, le parcours « Être ici » est aussi un événement de sensibilisation car la réussite du développement d’une ville passe notamment par le lien entre son histoire et son avenir.

Olivier Conil : Tanger va devenir une mégapole et plusieurs Tanger sont possibles ; il ne faut pas oublier ce Tanger historique qu’il faut préserver et qui est assez réduit.

- Une troisième édition est-elle d’ores et déjà prévue ?
Anne Chaplain : on vient de clôturer la seconde édition il y a un mois donc à l’heure actuelle, rien n’est décidé. Nous avons envie de faire un événement pérenne, et donc de pouvoir le programmer dans le temps, tous les deux ans. Cette troisième édition va dépendre aussi des moyens que l’on va se donner pour monter en puissance, pour pérenniser l’événement avec les différents acteurs impliqués, qu’ils soient institutionnels, culturels ou qu’il s’agisse de mécènes. Il faut faire un bilan d’une façon globale, au-delà du collectif des organisateurs car un événement de cette nature doit être porté par tous les partenaires qui y trouvent un intérêt.

- Quel regard portez-vous sur votre ville d’adoption ?
Anne Chaplain : Tanger est une ville qui est en mutation. J’y suis arrivée il y a six ans et il y avait déjà ce frémissement de très beaux projets. Tanger, depuis dix ans, est en train de sortir de sa torpeur et de se tourner vers une modernité, très vite, peut-être même trop vite. Elle ne peut réussir ce développement qu’en faisant le lien entre ce qu’elle est, son ADN, ce qu’elle a été au cours de son histoire et ce qu’elle veut devenir. C’est un équilibre compliqué à atteindre. L’enjeu est d’avoir suffisamment de recul par rapport à son histoire car son modèle de développement est complètement nouveau.

Olivier Conil : l’équilibre entre une ville industrielle, commerciale et touristique et une mégapole, qui connaît un exode rural très important, est difficile à trouver.

Anne Chaplain : il faut aussi préserver le patrimoine culturel, immatériel, ce qui fait l’intelligence d’une société, et le patrimoine social.

Dernière modification : 12/10/2016

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