Christine Cattant

Ce mois-ci, le Consulat général de France à Tanger vous propose de découvrir le Portrait de Mme Christine Cattant, créatrice et rédactrice en chef du magazine mensuel tangérois Urbain.

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- Quels sont les éléments qui vous ont donné envie de venir vous installer dans la région Nord du Maroc ?

Je pourrais vous dire que ma décision de venir me poser à Tanger était mûrement réfléchie, vous raconter que l’histoire et l’image de la ville me faisaient rêver depuis toujours… Ce serait faux. Ce choix résulte du plus grand des hasards. Nous étions, mon époux et moi-même, dans une période charnière de notre vie et c’est lors d’une visite à des connaissances à Tanger que nous avons décidé d’y rester. Ils visitaient un appartement à louer, splendide, avec l’une des plus belles vues sur le détroit qui soient. Nous les accompagnions, l’appartement d’à côté était libre également. Nous avons signé l’après-midi-même et sommes rentrés en France préparer nos cartons.

- Quelle est votre occupation professionnelle, votre engagement, votre activité principale actuellement ?

Nous avons ouvert un restaurant quelque temps après notre arrivée. C’était une autre décision un peu folle alors que nous n’étions pas du métier mais il est vrai que nous adorons nous lancer des challenges. Et en tant que vrais gourmands, nous trouvions l’offre dans le domaine réellement par trop limitée et pensions pouvoir proposer quelque chose de nouveau aux Tangérois. L’aventure a duré six ans, épuisante mais très enrichissante humainement.

Désormais, je peux revenir à mon métier et mes amours d’origine (la presse et l’édition) et me consacrer entièrement au magazine que j’ai créé en compagnie de mon ami tangérois Othman Noussairi depuis maintenant plus de trois ans. L’idée était de proposer aux lecteurs une revue culturelle francophone non élitiste et de leur faire découvrir des personnages ayant une relation avec la ville par le biais de conversations, mais aussi des actus, des coups de cœur (ou de gueule parfois, même si dans l’ensemble nous restons assez sages), en bref un support à visée non commerciale nous permettant de nous impliquer dans cette vie culturelle tangéroise à la fois chaotique et assez peu ordinaire. J’espère, de façon bien modeste, avec ce concept avoir apporté ma toute petite pierre à l’édifice culturel tangérois. Les réactions de nombreux lecteurs me disent que j’y suis parvenue.

- Qu’est-ce que votre installation au Maroc a changé en vous ?

Ce n’est pas encore la panacée, loin de là, mais je crois que je suis devenue un tantinet plus pondérée. Je connaissais le choc culturel que l’on peut éprouver en Asie, j’ai découvert que même dans un pays très « proche » géographiquement, de cœur et par son histoire de la France, le choc culturel peut également être violent. Passé ce cap, il faut savoir accepter que sa logique cartésienne ne serve parfois à rien ici. Composer avec la dimension des sentiments et des susceptibilités dans les relations à l’autre. Je ne crois pas avoir changé, mais j’ai peut-être appris à m’accrocher un peu moins à mes certitudes…

- Avez-vous connu des difficultés à vous installer, ou les démarches ont-elles été, au contraire, faciles à mener ?

Non, nous n’avons pas eu de difficultés particulières. Bien sûr, comme partout et c’est normal, il faut rapidement se mettre au travail pour obtenir le droit d’être résident au Maroc. On pourrait évidemment écrire des poèmes sur l’administration marocaine, mais ce serait oublier un peu vite son pendant français.

Il y a la langue, j’ai honte mais je dois l’avouer, la darija n’est pas mon amie ! Après huit ans passés ici, je comprends avec peine une conversation sommaire et mon vocabulaire se limite au strict nécessaire pour faire ses courses ou demander son chemin. Je n’en suis pas fière, je suis un vrai cancre, mais en bonne Française, mes capacités linguistiques sont proches du néant ! Le fait que les Marocains parlent pour leur part tous un minimum ma langue n’aide pas à dépasser sa paresse. Maintenant que j’ai un peu plus de temps pour moi, remédier à cela fait partie de mes prochains objectifs.

Concernant le travail, je dois insister sur le fait que c’est un endroit formidable pour prendre des initiatives et se lancer des challenges. Pour peu que l’on ait un peu de rage au ventre et l’envie réelle de réussir, on a ici l’opportunité de réaliser de belles choses car on nous laisse réellement notre chance. Les bonnes graines que l’on plante avec énergie et envie ont toutes les chances de germer à Tanger.

- Quels conseils donneriez-vous à un Français qui déciderait de venir s’installer dans la région Nord du Maroc ?

Je lui dirais « Mer7ba » ! S’il vient pour être original, inventif et courageux, il a toutes les chances de réussir et de prendre beaucoup de plaisir à vivre à Tanger. Je lui recommanderais d’être ouvert d’esprit et particulièrement curieux. Enfin, je lui rappellerais qu’il est ici un invité et que les Tangérois sont particulièrement sensibles au respect qu’on peut leur témoigner, ils ont un sacré caractère ! Et bien sûr, s’il souhaitait venir ici pour profiter uniquement du meilleur, de la qualité du climat et pour vivre comme un Français dans sa bulle, je lui conseillerais… d’aller voir ailleurs ! Ici comme en France, on n’est pas au paradis.

Dernière modification : 02/06/2016

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